Qualité de vie au travail (QVT) : garder confiance en période de crise du coronavirus Covid-19

La période que l’on traverse peut s’apparenter à un exercice pratique de la confiance : confiance en son organisme pour survivre à une contamination éventuelle, confiance en la qualité du système de santé et en la compétence et le dévouement du personnel soignant, confiance dans l’intelligence des chercheurs pour mettre au point un traitement efficace et un vaccin dans un délai rapide, confiance en ses gouvernants pour mettre en place les meilleures mesures pour endiguer l’épidémie, confiance dans le sens civique et l’esprit de responsabilité de ses compatriotes pour respecter les consignes qui leur sont imposées, et enfin, pour ceux qui ont la foi, confiance en Dieu qui répondra aux prières.


La confiance consiste ainsi à se fier à quelqu’un, à s’en remettre à lui. C’est un pari fondé sur une certaine croyance : la confiance en soi, sur la croyance en ses propres capacités (perçues comme celles de quelqu’un d’autre) ; la confiance en autrui, sur la croyance en ses capacités et/ou sa fidélité ; et la confiance en Dieu, sur la croyance en sa miséricorde. L’une ou l’autre de ces croyances soumet à un risque, c’est-à-dire à subir éventuellement un dommage matériel ou moral.


Dans la confiance, il y a donc une prise de risque qui expose à souffrir d’un mal physique ou moral. Le premier mal auquel on s’expose dans la confiance et qui est proprement relatif à celle-ci, c’est le mal moral de la trahison. Cette dernière est sans doute le plus douloureux des maux encourus lorsque l’on fait confiance, même si la confiance trompée charrie souvent avec elle bien d’autres maux et bien d’autres souffrances. La confiance rend donc vulnérable à l’action d’autrui. Elle crée des attentes envers lui et, ce faisant, rend dépendant de lui. Le paradoxe de la confiance est qu’elle constitue un abandon de sa sécurité qui vaut sécurité, elle est à la fois risque et assurance.


La confiance, une assurance contre le risque


En agissant comme une assurance contre le risque, la confiance permet de supporter un grand nombre d’incertitudes et d’inconnues ; elle offre un confort moral qui libère l’esprit de toutes les inquiétudes et de toutes les angoisses vis-à-vis de ce qui échappe à son contrôle, car, nécessairement, une immense partie de la réalité se dérobe à soi et, notamment, ce qui se passe en son absence, à l’abri de son regard. Les expressions telles que « suivre quelqu’un les yeux fermés » ou « avoir une confiance aveugle en quelqu’un » souligne cet aspect de la confiance. La confiance implique de tenir pour certaines des choses qui se produisent en dehors de soi, de ses sens et notamment de la vue. On ne pourrait pas vivre sans la confiance, c’est-à-dire sans l’assurance que le risque encouru par tout ce qui dépend des autres n’est pas neutralisé. La confiance permet donc de vivre sans penser à tout ce qui ne dépend pas de soi et peut causer un préjudice. Elle simplifie donc la vie car elle permet de consacrer son attention et son énergie à tout ce qui dépend proprement de soi et se situe à sa portée.


Ce pari, cette prise de risque vis-à-vis d’autrui peut prendre la forme d’une décision - « faire confiance » - mais le plus souvent elle prend la forme d’un état - « être en confiance ». On vit dans un état de confiance permanent à son insu. La vie quotidienne repose sur un immense réservoir de confiance envers autrui sans même que l’on s’en rende compte. Ainsi, par exemple, dès le matin, je fixe mon heure de réveil en fonction des horaires des transports publics car j’ai confiance en son personnel pour respecter ces horaires et me transporter en toute sécurité là où je dois me rendre à l’heure qui me convient ; ou, si je prends ma voiture, j’ai confiance que les autres conducteurs respecteront le code de la route. J’ai aussi confiance que toutes les personnes que je vais croiser chaque jour ne vont pas m’agresser ; et ainsi de suite. Les éléments qui composent notre quotidien et qui supposent un état de confiance envers autrui sont innombrables.


L'expérience probante


La confiance repose en grande partie sur l’expérience probante. C’est parce que je prends les transports publics tous les jours que je connais leur fiabilité. C’est parce qu’hier les transports publics étaient ponctuels que je crois qu’ils le seront aujourd’hui. De même, c’est parce que chaque jour je me déplace dans certains lieux sans me faire agresser que j’ai confiance qu’il ne peut rien m’y arriver. Si je n’ai pas cette expérience probante, quelqu’un en qui j’ai confiance peut me la prêter et me garantir que les transports publics, la conduite des automobilistes, où les lieux dans lesquels je dois me rendre sont dignes de confiance.


Si l’on analyse ce que renferme l’expérience probante, on constate qu’elle repose principalement sur le constat de deux phénomènes, la perfection et le don, lesquels font éprouver deux émotions, respectivement, l’admiration et la gratitude. Ainsi, par exemple, c’est parce que j’ai pu admirer le professionnalisme du personnel des transports publics, leur rigueur et leur compétence que j’ai confiance en eux ; c’est parce que j’ai pu ressentir de la gratitude pour le savoir-vivre, la politesse, la courtoisie ou la bienveillance des personnes que je rencontre dans les lieux où je me rends que j’ai confiance qu’il ne m’y arrivera rien. Autrement dit, ma confiance en autrui se nourrit d’expériences d’admiration ou de gratitude envers lui. Plus j’accumule des expériences d’admiration ou de gratitude à son contact, plus mon capital de confiance vis-à-vis de lui grandit. Une manière de se conserver dans un état de confiance consiste à se soumettre à des routines puisque celles-ci consistent à répéter des actions passées qui ont fait leur preuve.


Confiance et crise du Covid 19


Dans le cas de la crise du Covid 19, notre état de confiance est totalement mis à mal, à commencer par la confiance en soi ou, plus précisément, la confiance en la résistance de son organisme à un virus mortel et inconnu. Cette perte de confiance en sa constitution est alimentée par les mises en garde des autorités sanitaires et politiques sur sa dangerosité ainsi que par les statistiques quotidiennes sur le nombre d’hospitalisation et de morts. De ce fait, sortir de chez soi n’inspire plus confiance car l’on sait que l’on peut être contaminé par un virus létal. Tout le monde éprouve alors de la peur et un sentiment de vulnérabilité et d’insécurité. La confiance en autrui est aussi ébranlée puisque tout un chacun est potentiellement porteur du virus. Chaque rencontre représente donc un risque de contamination.


La confiance en soi et en autrui étant totalement sapée, notre état de confiance repose exclusivement sur des acteurs anonymes quoique clairement identifiables : le système de santé, la recherche médicale, les pouvoirs publics et le civisme de la population. Or, la confiance en la qualité de notre système de santé est aussi ébranlée, non pas tant celle envers le personnel soignant que celle en la qualité de ses infrastructures puisque l’on ne cesse d’évoquer la pénurie, non seulement des équipements nécessaires à la prise en charge des malades, mais aussi et surtout du matériel le plus élémentaire : les masques, les tests de dépistage ou le gel hydroalcoolique.


La confiance en la qualité de nos chercheurs est troublée en raison des polémiques scientifiques sur l’efficacité de tel ou tel traitement et l’impossibilité de prévoir avec certitude le temps qu’il faudra pour mettre au point des traitements efficaces et un vaccin.


La confiance en nos gouvernants pour prendre les meilleures mesures pour protéger la population est aussi entamée par l’impression d’une prise de conscience tardive de la gravité de l’épidémie – si l’on considère le caractère graduellement alarmiste du discours officiel -, par le maintien du premier tour des élection municipales faisant courir un risque inutile de contamination à la population, alors même qu’il était évident que le second tour ne pourrait pas avoir lieu, et enfin, par leur impuissance à fournir dans les plus brefs délais des masques à toute la population ainsi que des tests de dépistage massifs. Tout ceci génère une impression confuse que tout n’a pas été fait ou tenté pour répondre plus efficacement à la situation.


Enfin, la confiance dans le sens civique et l’esprit de responsabilité de nos compatriotes est aussi soumise à rude épreuve lorsque l’on constate quotidiennement autour de soi des violations des règles de confinement et que l’on prend connaissance des statistiques de contraventions (près de 400,000 depuis le début du confinement).


Pourquoi nous ne cédons pas à la panique


En dépit de tous ces signes qui lézardent la confiance, qu’est-ce qui maintient l’ensemble de la population française dans un état de confiance qui l’empêche de céder à la panique ? Trois choses principales :


- La première, la croyance d’être bien informée, que les pouvoirs publics jouent la carte de la transparence et disent la vérité sur la situation sanitaire. Les médias jouent ici un rôle essentiel en fournissant un maximum d’informations sur ce qui se passe à travers le pays et dans le reste du monde, en donnant la parole aux acteurs sur le terrain, aux experts et aux politiques et en communiquant des statistiques sur l’état de la situation. Tant que l’on aura l’impression que l’on nous dit la vérité, que ce que l’on nous cache n’est rien en comparaison de ce que l’on nous divulgue, la confiance dans les gouvernants restera élevée.


- La deuxième, la croyance que le confinement général est la solution efficace pour éradiquer le virus. Cette mesure a pour elle la logique puisque quiconque peut comprendre que si l’on interdit toutes les interactions humaines, on prive le virus d’accès à de nouvelles personnes à contaminer et que, donc, on met fin à l’épidémie.


- La troisième, la croyance que les chercheurs vont trouver un remède. Celle-ci repose sur notre foi en la science et dans le génie humain, lequel a prouvé par le passé qu’il pouvait trouver un remède ou un vaccin à la plupart des virus. Il est intéressant de noter que la question de la découverte d’un traitement efficace ou d’un vaccin n’est jamais présentée comme hypothétique mais toujours comme une question de temps, qu’on se permet même d’estimer à douze ou dix-huit mois.


Tant que la population se sentira bien informée, engagée dans une politique sanitaire efficace d’éradication du virus et dans une attente limitée dans le temps d’un traitement et d’un vaccin, elle ne cédera pas à la panique, elle gardera confiance.


Pour garder confiance dans la crise, il peut être aussi réconfortant de se rappeler ce fameux vers du poète Hölderlin qui a valeur de prophétie ou d’espoir : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ».


Pour plus d'informations sur les prestations proposées, cliquez ici